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Laila Bendiab: « Le KYC n'est pas qu'un enjeu réglementaire »

Laila Bendiab, qui anime les travaux du groupe KYC de la FnTC, a fortement contribué à la rédaction du guide « KYC : Maîtriser et optimiser votre connaissance client ». La directrice produits et services de Vialink nous explique pourquoi le KYC est une problématique essentielle pour les entreprises aujourd’hui, et pourquoi il est fondamental de « donner des clés pour comprendre les grands enjeux de ce marché ».

 

Comment est né le KYC ?

KYC (« Know your customer ») est un acronyme anglais qui désigne les règlementations, mais aussi les procédures à mettre en place par une entreprise pour vérifier l’identité et le profil de risque d’un futur client, fournisseur ou partenaire, qu’il s’agisse d’une personne physique ou morale.

La montée des risques terroristes et de blanchiment d’argent ces 15 dernières années a amené l’Union européenne à mettre en place des règlementations KYC, notamment avec l’entrée en vigueur de trois directives européennes depuis 2015, qui imposent des contrôles toujours plus poussés (contrôle des bénéficiaires effectifs des entreprises, vérifications des listes de sanctions internationales par exemple).

Le KYC concerne-t-il toutes les entreprises ?

De nombreuses entreprises sont concernées par les directives européennes LCB-FT, principalement celles du secteur bancaire, de l’assurance et de la prévoyance, les mutuelles… Mais si l’on considère également les obligations liées à la loi française dite Sapin II, centrée sur la lutte contre la corruption, cela s'applique à tous les secteurs d’activités en France.

Quels sont les obstacles que rencontre habituellement une société pour mettre en place des procédures KYC ?

De mon point de vue, les entreprises font face à deux grands enjeux autour du KYC :

- Concilier respect de la règlementation et expérience utilisateur. L’inflation règlementaire autour de la lutte contre les délits financiers a poussé les acteurs Banque/Assurance notamment à mettre en place les mesures adéquates pour vérifier et identifier leurs clients. Ces nouvelles procédures -souvent manuelles- ont alourdi et complexifié l’expérience utilisateur de leurs clients et de leurs collaborateurs. Les recherches d’informations sur les personnes morales (solvabilité, bénéficiaires effectifs, recherche de presse négative …) ont ainsi fait grimper de façon exponentielle le temps de traitement d’un dossier d’entrée en relation par exemple.

- Trouver les bonnes données et les filtrer pour ne pas être « pollué » par les faux positifs : certaines informations restent encore difficilement récupérables par une institution financière à moins de passer par des solutions spécialisées. Dénouer les liens capitalistiques d’une entreprise peut notamment s’avérer très complexe et chronophage, surtout si ces liens remontent à l’international.

Concrètement, comment fonctionne l’automatisation du KYC ?

Avec des données de plus en plus nombreuses à vérifier et à croiser, l’automatisation de certaines parties du process KYC devient aujourd’hui indispensable pour faire face aux obligations règlementaires et assurer une expérience client optimale.

Les solutions d’automatisation prennent plusieurs formes, qui vont de solutions de « Robotic Process Automation » (RPA) permettant de décharger les équipes Back Office de certaines tâches répétitives à des solutions utilisant l’IA pour vérifier l’identité d’une personne (solution de reconnaissance faciale), voire pour contrôler un dossier complet en quelques secondes, mettre en relation des informations de différentes sources entre elles, et en tirer de potentielles corrélations. Le champ d’application des solutions de KYC automatisé est donc très vaste.

 Le KYC peut-il poser des problèmes de compatibilité avec le RGPD ?

Il faut être vigilant lors des process de collecte et de contrôle des informations liées au KYC. En effet, les données demandées à un prospect (que ce soit autour de son identité, de son adresse ou de ses revenus par exemple) sont des données à caractère personnel dont le traitement doit se conformer aux règlementations en vigueur. Il est ainsi important de s’assurer lors de la collecte que le client est bien informé de la finalité du traitement et qu’il y consent, mais aussi de conserver/archiver ce consentement.

La vigilance est d’autant plus importante en cas d’externalisation des procédures KYC à un tiers : il est alors primordial de valider les process de sécurité mises en place par les sous-traitants et de contrôler l’usage qui est fait des informations.

L’usage de la donnée du KYC et les obligations qui en découlent font d’ailleurs l’objet de discussions actuellement dans notre groupe de travail.

 Comment utiliser le KYC comme un outil marketing ?

Le KYC n’est pas qu’un enjeu règlementaire, c’est avant tout un moyen de bien connaître son client et donc d’être pertinent dans son approche commerciale. S’il est correctement réalisé, c’est aussi un outil d’optimisation et de simplification des parcours clients.  Grâce à l’automatisation des process KYC, certaines procédures sont ainsi facilitées : 

- les formulaires peuvent être préremplis sur la base des données extraites des documents d’identité ou d’adresse par exemple ;

- l’analyse des documents en temps réel permet de limiter les allers-retours avec un conseiller commercial ou un back-office puisqu’une alerte peut être directement et instantanément remontée au client final si un justificatif pose problème, et permet aussi d’accélérer l’onboarding des prospects en réduisant les délais de réponse de l’établissement financier

 L’intelligence artificielle peut-elle révolutionner les process KYC ?

C’est une révolution qui est déjà en cours depuis quelque temps. Face à la complexification des règlementations et l’intensification des contrôles à effectuer, l’Intelligence artificielle permet de vérifier plus d’éléments dans un délai beaucoup plus court qu’un humain. L’IA peut en effet traiter rapidement une grande masse d’informations, en comprendre le contexte, en déduire des corrélations entre différentes données et en tirer des décisions sur son traitement, le tout en quelques secondes.

En automatisant les tâches fastidieuses et chronophages de vérification, les entreprises peuvent dégager un temps précieux pour se concentrer sur le conseil et la relation client. Cela permet ainsi de réduire les coûts des procédures KYC et, grâce à la systématisation des contrôles, de gagner en fiabilité et conformité.

 Vous avez participé, au sein de la FnTC, à la rédaction du guide « KYC : comment maîtriser et optimiser votre connaissance clients », que contient-il ?

J’ai eu effectivement le plaisir d’animer les travaux qui ont donné lieu à la rédaction de ce livre blanc.  Nous avons souhaité aborder les problématiques fondamentales autour du KYC :  les règlementations en vigueur et les obligations des entreprises assujetties au KYC, les risques encourus, les solutions existant aujourd’hui sur le marché et les bénéfices d’un KYC automatisé. L’objectif est de donner à nos lecteurs des clés pour comprendre les grands enjeux de ce marché.

 À votre avis, quelles grandes évolutions va connaître le secteur du KYC dans les prochaines années ?

On constate depuis quelques années une intensification de la lutte contre les délits financiers et le crime organisé, et de fait un renforcement règlementaire et une pression toujours plus importante sur les entreprises assujetties. Des propositions sont d’ailleurs en cours de discussion au niveau de la Commission européenne pour approfondir le cadre règlementaire européen.

La période de pandémie que nous vivons a également accéléré drastiquement le mouvement de digitalisation déjà en cours. Les entrées en relation digitales complexifient les contrôles et vérifications à opérer par les entreprises et augmentent évidemment les risques de fraude. Dans ce contexte, les outils d’automatisation et l’IA vont donc jouer un rôle de plus en plus incontournable dans les process KYC. C’est d’autant plus vrai qu’en face, particuliers et sociétés cherchent de la réassurance sur le traitement de leurs données, via des solutions fiables et sécurisées.


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