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La blockchain, une machine a creer de la confiance numerique

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Popularisée par la monnaie virtuelle bitcoin, la technologie blockchain fait aujourd’hui l’objet de toutes les attentions en raison de son impact potentiel dans pratiquement tous les secteurs d’activité. Si elle est aujourd’hui utilisée principalement pour réaliser des mouvements de monnaie virtuelle entre comptes, la blockchain est en réalité une machine à garantir que l’exécution de transactions se réalise en conformité stricte avec des règles préalablement établies. C’est précisément la définition d’un tiers de confiance numérique. Alors que la monnaie virtuelle bitcoin suscite méfiance et interrogation, la technologie sous-­‐ jacente se révèle paradoxalement être un générateur de confiance numérique.

La confiance sans tiers de confiance.
Actuellement, tous les systèmes qui reposent sur la confiance impliquent la présence d’un tiers de confiance. Ce dernier s’assure que toute les conditions sont réunies pour réaliser la transaction et l’exécute ensuite en conformité avec les contrats signés et la législation en vigueur. Les banques sont probablement les tiers de confiance les plus connus avec les notaires ou les huissiers de justice. Etant donné l’importance de leur rôle dans l’économie, les tiers de confiance sont eux même agréés par un régulateur (AMF, …). Tout en haut de la chaine de confiance, l’Etat est le garant de la cohérence et de la stabilité de l’ensemble du système. Il peut accorder ou retirer les agréments aux acteurs qui ne respecteraient pas les règles. Ce système, éprouvé depuis des décennies est en passe d’être bouleversé par la technologie blockchain.
Il est en effet aujourd’hui possible d’obtenir un niveau de confiance au moins aussi fort uniquement grâce à la technologie. Toute transaction présente dans la blockchain possède deux caractéristiques. D’une part, elle était forcément valide au moment de son exécution puisque l’inclusion dans un bloc de transactions puis dans la blockchain est conditionnée par cette validité. Dans le cas du bitcoin par exemple, une transaction est valide si le compte débité a bien reçu au minimum la somme envoyée et ne l’a pas encore dépensée. D’autre part, une fois insérée dans la blockchain, la transaction est infalsifiable, y compris par des acteurs malveillants qui participeraient au réseau. Il est ainsi possible de créer en utilisant la blockchain un écosystème dont le fonctionnement est 100% conforme aux règles en vigueur en se reposant uniquement sur les algorithmes pour le bon fonctionnement du réseau. A titre d’exemple, Ethereum, qui développe une plate-­‐forme basée sur la technologie blockchain permettant de développer tout type d’applications montre dans ses exemples de code comment créer une organisation démocratique autonome décentralisée dont les règles de fonctionnement sont votées par ses membres.

 

Smart Properties et Smart Contracts : les piliers de la confiance décentralisée.
Les Smart Properties sont l’équivalent de titres de propriétés dématérialisés, insérés dans la blockchain et envoyés sur le compte du propriétaire. Par exemple, certaines écoles (ESILV en France, Université de Nicosie, Holberton School) sont en passe de certifier leurs diplômes sur la blockchain en créant une empreinte numérique horodatée et en l’envoyant à l’étudiant diplômé. Il sera ainsi possible à chaque employeur de vérifier de façon certaine la validité de ces diplômes
sans que les écoles n’aient à gérer un registre de l’ensemble des diplômés et sans même que les écoles ne soient consultées lors de la phase de validation. Il s’agit là d’un moyen simple et économique de lutter contre la fraude aux diplômes. Des initiatives similaires sont en cours pour numériser que cadastre grâce à la blockchain au Honduras et au Ghana. De nombreuses institutions financières expérimentent l’enregistrement de la propriété de titres et leurs échanges
grâce à la blockchain.
Les Smart Contracts comme leur nom l’indique sont des agréments entre parties qui au lieu d’être rédigés en langue naturelle sont écrit en code exécutable sur la blockchain. L’exécution est ensuite gérée automatiquement par la blockchain en fonction des conditions décrites dans le contrat. Gestion de paris, crowdfunding, hypothèque, testament, transaction immobilière, … autant de cas d’utilisations particulièrement adaptés à la modélisation sous forme de Smart Contracts.
Sans parler des produits financiers dérivés qui sont construits comme des paris sur l’évolution de la valeur de leurs sous-­‐jacents. Il est clair que potentiellement, tous les secteurs de l’économie peuvent être impactés, voire pour certains transformés si une utilisation généralisée de la technologie blockchain voyait le jour.

Le régulateur et les tiers de confiance gardiens des portes de la blockchain.
Nous l’avons vu, le fonctionnement de la blockchain est autorégulé par le code et par les règles édictées au travers des Smart Contracts. Par contre, le caractère décentralisé de la technologie rend très difficile à contrôler tout ce qui n’est pas dans la blockchain et en particulier ses interfaces avec le monde extérieur. Ainsi, il n’est pas possible de vérifier l’identité du possesseur d’une adresse bitcoin, raison pour laquelle cette monnaie peut être utilisée pour acheter des marchandises interdites ou dans des circuits financiers frauduleux. Les tiers de confiance conservent ainsi toute leur raison d’être en tant que « gardiens des portes de la blockchain ». Pour que cette technologie se déploie à grande échelle, ils doivent être en mesure de valider l’entrée de nouveaux participants dans le système, qui par définition ne peut pas être
validée par le système lui-­‐même. Les moyens de ce contrôle restent à inventer. Ceci passera très probablement par l’utilisation de blockchains hybrides ou privées dont les accès sont réservés aux participants accrédités par opposition aux blockchain publiques comme bitcoin ouvertes à tous. Par ailleurs, certaines startups comme Scorechain (https://www.scorechain.com/) se positionnent sur ce créneau et se proposent d’aider les régulateurs dans leur tâche en analysant les flux de
transaction.

Qui sera le Spotify de la blockchain ?
Même si la technologie est éprouvée, son utilisation généralisée n’est qu’à ses balbutiements. Si l’on compare au secteur de la musique, nous sommes au moment où Kazaa et Napster permettaient à
leurs utilisateurs de télécharger immédiatement et souvent illégalement tout type de fichier en pair à pair en court-­‐circuitant les distributeurs traditionnels. Ce n’est que grâce à l’avènement de services de streaming en ligne comme Spotify ou Deezer qu’il a été possible de proposer un niveau de service comparable dans un cadre légal. Les business models de la blockchain sont encore à inventer et le futur Spotify de la blockchain est probablement en train de naitre quelque part.


Fabrice CROISEAUX
Directeur Général de InTech SA et coanimateur du groupe de travail blockchain de la Fédération
des Tiers de Confiance

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